❝L’histoire de la faïencerie KERALUC
à Quimper, 1946-1984

À bas la vieille faïence, Vive la faïence de demain !

26 novembre 2025

« À bas la vieille faïence, Vive la faïence de demain ! » c’est le titre assez provocateur d’un article paru à la une dans « La Bretagne, le quotidien du soir » daté du vendredi 5 décembre 1941, et signé d’Yves Le Diberder.
Il est accompagné, propagande oblige, d’un article sur le maréchal Pétain (l’entrevue historique de St-Florentin) et, plus étrange, illustré par une photo d’un peintre de la Manufacture de Sèvres décorant un vase avec la francisque du Maréchal.

Yves Le Diberder répondait à l’invitation de Victor Lucas pour découvrir le cours technique à usage du personnel de la maison que son nouveau directeur technique avait instauré dès sa prise de fonction.
Victor Lucas a toujours accordé beaucoup d’importance à la transmission des savoirs et compétences. Déjà, dès son arrivée à Quimper en tant qu’ingénieur-céramiste-artiste au service de la manufacture Henriot, il participait au cours municipaux de Quimper à partir de la rentrée 1924-1925 (le dessin pour Charles Godeby, nouveau conservateur du Musée des Beaux-Arts, le dessin géométrique pour l’ingénieur Arts-et-Métiers de la ville, M. Louarn et pour le modelage, Victor Lucas.
Enseignement qu’il a assuré jusqu’en 1941 dans une grande salle au 1er étage du gymnase à côté du théâtre Municipal (Théâtre Max-Jacob).
Début mai 1941, une charge plus accaparante attend Victor Lucas puisqu’il décide de quitter Henriot pour prendre la direction technique de la « Grande Maison HB » en remplacement de Gilbert Theillou qui avait été licencié abusivement. Mais fidèle à son désir de transmettre le métier et d’améliorer les compétences des ouvriers, il met en place cette formation professionnelle méthodique au sein des ateliers.
D’après cet article, avant l’arrivée du nouveau directeur on n’enseignait pas le métier :

... les décorateurs étaient choisis au petit bonheur la chance. Peu se présentait par vocation... ils arrivaient un jour « pour apprendre le métier ». On leur faisait bon accueil. Tu veux travailler chez nous, mon petit ? Justement : on a besoin de quelqu’un à la peinture. Viens par ici. Prends ce tabouret. Tu vois : tu as là une vieille assiette avec un bonhomme à bragou-bras dessus. Et puis tu as une pile d’assiettes crues. Et bien sur chacune d’elles, tu vas mettre un bonhomme à bragou-bras comme sur l’autre. Et n’oublie pas la pipe ! Voilà ton pinceau, voilà tes couleurs, et t’en fais pas : décorer de la faïence de Quimper, c’est pas plus difficile que ça ...

La formation professionnelle est donc instaurée avec une formation technique méthodique le samedi matin. Mais la créativité y est aussi encouragée. Le reste de la semaine, les jeunes apprentis produisent les motifs traditionnels sous la direction du chef de l’atelier de décoration, Jean Caer.
Le jeune Renée Le Rouzic est mentionné dans l’article comme auteur d’une assiette originale représentant un paysage marin.
Suit un panégyrique pour un style quimpérois qui déplore les maitres venus travailler à Quimper sans aborder le sujet breton :
La tâche qui leur incombe c’est de faire honneur à la Bretagne, en réconciliant les Bretons de goût avec la faïence de Quimper.

Victor Lucas aura bientôt l’occasion de mettre à nouveau en pratique ses compétences pédagogiques en accueillant les jeunes artistes qui fréquenteront la nouvelle faïencerie Keraluc, en leur offrant une entière liberté d’invention.

À bas la vieille faïence, Vive la faïence de demain !
Article dans le quotidien La Bretagne du 5 décembre 1941
sur la faïencerie HB à Quimper d’Yves Le Diberder.
À bas la vieille faïence, Vive la faïence de demain !
Suite de l’article

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