Un foyer d’art bien vivant, « L’école de Keraluc »
Pierre Toulhoat, début des années 1950.
Nous voulons faire de Keraluc, un foyer d’art bien vivant, ici pas de pastiche, pas de déjà vus, que nos artistes régionaux puissent s’y exprimer librement, que tous ceux qui œuvrent dans ces ateliers soient animés de la même foi, du même amour passionné du beau travail.
Ainsi s’exprimait Victor LUCAS lors de l’inauguration de la faïencerie le 24 août 1946.
Les réponses à son appel furent nombreuses, Pierre TOULHOAT fut l’un des premiers à fréquenter l’atelier bientôt rejoint en juillet 1947 par Paul YVAIN qui restera à Keraluc jusqu’à la fin de l’entreprise. L’année suivante, Jos LE CORRE découvrit à son tour l’ambiance familiale et amicale de la nouvelle faïencerie. En 1955, le peintre René QUÉRÉ rejoignit aussi l’atelier de décoration. Un autre peintre, Xavier KREBS aborda la céramique à Keraluc durant les années 1950 avec un concept très différent.
Beaucoup d’autres artistes fréquentèrent la manufacture pendant sa première décennie : Yves DEHAIS, Jean MAZUET sculpteur membre de « Ar Seiz Breur », René-Yves CRESTON, Giovanni LÉONARDI, ENDERLIN, R. THÉPOT, Jean-Claude TABURET, Georges ORIOT, René LE ROUZIK, Jean-Paul JAPPÉ, Luc-Marie BAYLE, Georges CONNAN...
Certains artistes se contentent d’un bref séjour, pour un premier contact avec le matériau et sa technologie contraignante, d’autres, confortés par leurs réalisations et désireux d’approfondir l’expérience, restent plus longtemps. Ainsi Georges ALLIER, André L’HELGUEN et André HORELLOU sont resté fidèle à Keraluc durant plusieurs décennies.
Au début des années 1960, la reconversion de Keraluc avec l’abandon de la faïence au profit du grès s’accompagne de nouveaux artistes. Jean Pierre MILLOT entre en 1963 avec le statut d’artiste indépendant après ses études à l’école des beaux-arts de Quimper. Aidé et influencé par André L’Helguen, il se familiarise vite avec la technique de décoration sur émail cru mise en œuvre dans l’atelier de décoration de la manufacture désormais axée exclusivement sur la production de grès de grand feu.
Jean-Claude COURJAULT arrive à Keraluc à la fin des années 1960 pour y développer durant 5 ans une production de pièces uniques en grès au sel qu’il tourne et décore lui-même. À la fin de son séjour, il prendra aussi en charge comme apprenti Alain BLANCHARD.
Tous les deux quitteront Keraluc vers 1973 pour monter leur propre atelier.
Enfin certains, comme Bastien LE PEMP ou André KERGOAT ont utilisé les biscuits de Keraluc dans leur propre atelier pour leur compte.
La pépinière d’artistes se concrétisait, le climat régnant, la liberté accordée et l’assurance d’un soutien technique confortaient les créateurs. Ils trouvaient là un foyer d’art réceptif à leurs préoccupations esthétiques et une possibilité de diffusion intéressante pour leurs réalisations.
